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Biographie

Rivière Noire est la rencontre inespérée de trois grands artistes qui se sont réunis presque par hasard, même si l’incroyable harmonie qui s’en dégage laisserait plutôt penser que le destin s’en est mêlé. L’histoire de Rivière Noire commence à s’écrire en 2009. A l’époque, Pascal, Jean et Orlando ont déjà fait la démonstration éclatante de leur talent. Chacun est arrivé au bout d’un parcours. C’est une envie profonde qui les pousse à travailler ensemble, chacun amenant sa patte musicale, son expérience intuitive et sa générosité.

C’est Orlando qui a d’abord manifesté son désir d’Afrique. Le chanteur brésilien aime depuis ses débuts enrichir son parcours personnel et musical de belles rencontres. Au gré de ses neuf albums, il a notamment collaboré avec Caetano Veloso, Maria Bethania et plusieurs autres artistes internationaux. C’est le talent et la sincérité qui ont toujours guidé ses choix, sa voix bouleversante de retenue, de grâce mais aussi puissante et chaleureuse. Avec Rivière Noire, il envisage le chant de manière presque organique, laissant la musique toute entière l’envahir, les mélodies naître et s’immiscer en lui comme des incantations.

Orlando contacte alors Pascal dont il a découvert avec bonheur le premier album solo. Pascal c’est le guitariste/songwriter virtuose, éternel globe‐trotteur ; une passion revendiquée pour le blues, celui de Ry Cooder et D’Ali Farka Toure. Les compositions de Pascal confèrent avec l’intime, l’inconscient‐même où les accords tendent à une simplicité extrême, presque originelle où sa créolité s’épanouit pleinement, communiant sans choisir avec toutes ses influences. La première fois qu’Orlando, Pascal et Jean se retrouvent dans un studio, ils se parlent à peine. Car les trois artistes commencent ‐ presque instantanément‐ à jouer ensemble. C’est le talent de chacun qui s’exprime alors, jaillissant dans sa forme la plus pure, heureux de se retrouver parmi les siens. Cinq chansons sont composées et enregistrées en quelques heures. L’appel du Mali se fait déjà sentir, son souffle sonore habite chaque morceau. Rivière Noire est née.

Ce lieu magique, c’est le studio de Jean Lamoot. Pascal a en effet suggéré immédiatement à Orlando d’associer Jean au projet car ils ont déjà travaillé ensemble pour Souad Massi. Jean est l’orfèvre de génie de pléthore de grands albums de la chanson française et internationale : Monsieur Bashung, mais aussi Noir Désir, Salif Keita pour ne citer qu’eux… Ingénieur du son, réalisateur, il possède un savoir‐faire et un goût inimitable pour donner
aux albums la modernité qui séduira immédiatement le public mais aussi la patine intemporelle qui en fera des classiques. Cependant, il n’a jamais complètement assouvi son envie de composer, de vivre complètement l’aventure d’un groupe. Jean sent aussi qu’il doit aller chercher quelque chose en Afrique, cette part de lui‐même qu’il a laissée là‐bas, le fils d’expatriés qui a passé son enfance entre le Burundi, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Rwanda. Car Rivière Noire prend sa source et son inspiration dans les flots sombres du fleuve Niger à Bamako. Le Mali ‐terre de spiritualité et de sensations‐ s’est en effet imposé comme le point d’ancrage du premier album du trio. Le Mali loin des clichés exotiques de la terre lointaine porte en lui les stigmates du blues. Il en a même posé les fondations. Là‐bas, chaque regard, chaque sourire porte le sceau de cette mélancolie douce et enveloppante.

C’est la première fois qu’Orlando foule le continent africain, Pascal s’était rendu au Mali une seule fois il y a plus de quinze ans, aussi c’est Jean qui sert naturellement de guide au groupe. C’est lui qui connaît déjà la plupart des artistes et qui permet de créer immédiatement une ambiance presque familiale autour de l’enregistrement. Les conditions sont idéales, une ouverture totale aux autres, un certain détachement accentué par la chaleur, une étrange torpeur qui étonnamment permet de rester concentré sur l’essentiel.

La rencontre avec Bako Dagnon par exemple, est merveilleuse à plus d’un égard.

D’abord c’est une immense artiste mais aussi une vieille dame très belle, très digne qui force le respect. Ensuite elle se met à chanter en studio avec la même intensité que si elle chantait pour tout un stade et tous ceux présents retiennent leur souffle, bouleversés.

Les larmes jaillissent souvent pendant le séjour. Car au Mali, toutes les perceptions sont différentes, décuplées, magnifiées. C’est un lieu idéal pour approcher au plus près des sentiments qu’on a dans le coeur. Après avoir posé les bases d’une vingtaine de titres à Paris, le groupe part s’installer pour 10 jours au studio Moffou de Salif Keita à Bamako. L’alchimie se poursuit alors au gré des rencontres avec les formidables artistes du pays, qui viennent mêler leurs voix, leurs histoires, leurs instruments. Les harmonies de la calebasse, du doum doum, de la kora, du kamélé n’goni, s’unissent instinctivement aux titres que le trio a composés. Les figures emblématiques des griots comme Bako Dagnon et Kasse Mady Diabate croisent la jeune génération des chanteurs maliens, comme Altine Tamboura et Bloffou. Chaque morceau possède sa propre respiration, sa propre dynamique et la chaleur
‐inhérente au Mali et à ses habitants‐ semble leur insuffler une incandescence éternelle. La frénésie succède à la lenteur, le raffinement à la rugosité. L’espace immense, le ciel infini, le fleuve majestueux nourrissent le trio tout le temps de leur quête musicale et humaine. Les
titres s’enchainent, en portugais et en dialectes, comme autant de mélopées où il est question d’amour, de souvenir, du goût salé des larmes, mais aussi de lumière et d’espoir…

Bate Longe est une chanson à part, née en seulement 20 minutes. Rivière Noire raconte comment un ange leur est soudain apparu au beau milieu du studio à Bamako alors que tous somnolaient après le repas du midi. Une coupure de courant les oblige à refaire la prise. L’ange est parti mais la vibration mystique demeure intacte sur ce titre. Chovendo quant à lui parle du soleil qui revient après une douce pluie d’été. C’est le temps de la renaissance, celle de la nature et celle des hommes, une chanson dynamique et résolument optimiste qui chante l’amour qui triomphe de l’adversité, l’amour de Rivière Noire pour le monde et qui célèbre la rencontre des trois artistes. On pourrait citer chaque morceau car tous possèdent cette dimension à la fois universelle et intime.

Fin 2011, Rivière Noire était déjà parti à la conquête du Brésil grâce à plusieurs passages télé et l’enregistrement d’un DVD. Le groupe enregistre enfin deux derniers titres à Paris avant de partir en tournée à la rencontre de son public européen. Aujourd’hui c’est enfin la sortie tant attendue d’un premier album éponyme où l’on retrouve cinq titres de leur premier EP et sept nouveaux morceaux.

La rivière quant à elle coule toujours.